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19 février 2025

Dysphagie : quels traitements naturels sont réellement efficaces ?

Analyse rigoureuse des approches naturelles contre la dysphagie : gélifiants, plantes, stimulation sensorielle. Compléments utiles à la prise en charge clinique.

Dysphagie : quels traitements naturels sont réellement efficaces ?

Introduction : quand l’aliment ne passe plus

La dysphagie ne se résume pas à une difficulté mécanique à avaler. Elle est une rupture intime dans le rapport à l’alimentation, un effondrement silencieux d’un automatisme vital. Chez le sujet âgé, elle fait surgir l’impuissance, la honte parfois, et souvent la peur : peur de s’étouffer, peur de perdre le plaisir, peur d’être assisté pour un geste aussi intime que se nourrir.
Ce trouble de la déglutition touche environ 30 à 50 % des résidents en EHPAD (Clavé et al., 2018), et bien plus encore lorsqu’on prend en compte les troubles cognitifs associés. Il est aujourd’hui bien encadré sur le plan clinique : orthophonie, adaptations de texture (IDDSI), bilans fonctionnels. Mais en parallèle, se développe un intérêt croissant pour les approches complémentaires dites “naturelles”, souvent réclamées par les familles, parfois explorées par les soignants, mais rarement évaluées avec rigueur.

Quels traitements naturels peuvent réellement aider à soulager une dysphagie ? À quelles conditions ? Et à quels risques ? Pour répondre, il faut d’abord cerner le territoire : entre traditions empiriques, observations cliniques et prudence scientifique.

1. Ce que recouvre “traitement naturel” en contexte de dysphagie

Le terme “naturel” est ambigu. En contexte clinique, il peut désigner :

  • des agents alimentaires ou nutraceutiques (miel, huile, gélifiants d’origine végétale) ;
  • des plantes médicinales ou extraits botaniques ayant un effet sur la salivation, le tonus musculaire ou l’inflammation ;
  • des gestes sensoriels ou manœuvres corporelles inspirées de traditions (massages, techniques orientales, stimulation thermique) ;
  • des pratiques alimentaires culturelles (soupes fermentées, bouillons, infusions) visant une restauration fonctionnelle douce.

Ces approches ne remplacent jamais une prise en charge médicale. Leur efficacité doit toujours être pensée en complémentarité raisonnée, fondée sur des données probantes, ou du moins, des résultats cliniques observables, reproductibles, sans effet délétère.

2. Les leviers alimentaires naturels : texture, viscosité, lubrification

a) Gélifiants naturels : de l’amidon au konjac

De nombreux agents épaississants “naturels” sont utilisés en cuisine pour dysphagiques : gomme de guar, xanthane, fécule de maïs, pectine, gélatine, agar-agar, farine de graines de caroube. Tous n’ont pas les mêmes propriétés :

  • Le xanthane offre une viscosité stable, même à température variable, et n’altère pas le goût.
  • L’amidon modifié (souvent industriel) est remplacé dans les approches “naturelles” par des amidons de riz ou de pomme de terre, mais leur stabilité est plus faible.
  • Le konjac, utilisé en Asie, est un gélifiant naturel riche en glucomannanes, peu connu mais prometteur pour la préparation de textures souples à faible calorie.

Dans une étude comparative (J. Martino, 2020), les produits à base de gomme de xanthane ont montré une meilleure acceptabilité sensorielle que ceux à base d’amidon, notamment chez les patients Alzheimer en texture IDDSI 3–4.

b) Corps gras et salivation

La lubrification naturelle est un enjeu majeur : elle facilite le glissement du bol alimentaire, réduit le risque de fragmentation intra-buccale et améliore la perception en bouche. Des approches simples incluent :

  • l’ajout d’huile végétale douce (colza, lin, olive légère) dans les purées, potages, compotes ;
  • le beurre fondu à faible dose dans les céréales du matin ou les légumes vapeur ;
  • l’usage de bouillons riches en gélatine naturelle (pied de veau, volaille, miso), facilitant la cohésion et la lubrification.

c) Préparations traditionnelles stimulantes

Certaines cultures proposent des aliments pensés, empiriquement, pour “réveiller la gorge” : soupes fermentées asiatiques, infusions épicées douces (gingembre, fenouil), jus tièdes d’agrumes adoucis au miel. Ces options, lorsqu’adaptées aux goûts du résident et testées sans allergènes, peuvent avoir une valeur de stimulation sensorielle pré-prandiale, utile en début de repas.

3. Approches phytothérapeutiques : prudence, mais pas interdiction

Peu d'études randomisées portent sur les plantes médicinales dans le cadre strict de la dysphagie. Pourtant, certaines plantes sont historiquement utilisées pour favoriser la salivation, détendre les muscles pharyngés, ou réduire l'inflammation :

  • Gingembre (Zingiber officinale) : stimulant de la salivation, anti-inflammatoire léger. Peut être proposé en micro-dose, en décoction tiède ou incorporé à une compote.
  • Guimauve (Althaea officinalis) : riche en mucilages, adoucissante, protège les muqueuses irritées.
  • Réglisse (Glycyrrhiza glabra) : utilisée en Chine et au Japon pour la toux sèche, mais à éviter en cas d’hypertension ou d’insuffisance rénale.
  • Miel de thym ou manuka : antibactérien naturel, lubrifiant, utile en cas de gorge sèche chronique ou d’irritation post-infectieuse (hors contre-indication diabétique).

Ces produits doivent être introduits après validation médicale, à des doses faibles, et idéalement sous forme culinaire (infusion, sirop maison, bouillon). La phytothérapie ne se substitue ni à l’orthophonie, ni à l’adaptation de texture, mais peut compléter la prise en charge dans une logique de soin sensoriel et digestif.

4. Stimulation thermique, tactile et aromatique : quand le naturel devient geste

Les troubles de déglutition incluent souvent une altération des réflexes oropharyngés, liée à un déficit neurologique ou sensoriel. La littérature en orthophonie et en soins intégratifs mentionne plusieurs techniques de stimulation pré-prandiale :

  • Stimulation thermique-froide : application d’une cuillère froide ou d’un glaçon contre le voile du palais ou la langue avant le repas. Cette méthode (thermothérapie) peut réactiver le réflexe de déglutition.
  • Stimulation aromatique : présentation d’un aliment à forte odeur (zeste de citron, herbes fraîches) au début du repas pour déclencher la salivation.
  • Massage orofacial doux (technique inspirée de la réflexologie faciale) : peut détendre la sphère oro-buccale et améliorer la conscience corporelle avant le repas.

Ces pratiques ne sont pas miraculeuses, mais elles offrent un terrain sensoriel pour que l’acte de manger soit à nouveau préparé, anticipé, ritualisé — ce qui est fondamental dans la dysphagie d’origine cognitive.

Conclusion : vers une approche intégrative, prudente, mais ouverte

Les traitements naturels de la dysphagie ne doivent pas être abordés comme des solutions alternatives, mais comme des compléments éclairés à une prise en charge pluridisciplinaire. Ils permettent, dans certains cas, d’améliorer l’adhésion alimentaire, de réduire les inconforts sensoriels, de restaurer un lien au repas.

Mais leur usage impose trois conditions fondamentales :

  1. L’individualisation stricte : aucun “remède naturel” n’est universel en gériatrie.
  2. La validation clinique : tout ajout doit être suivi, testé, réversible.
  3. La coordination interprofessionnelle : toute initiative “naturelle” doit être connue de l’équipe soignante, évaluée en concertation.

Finalement, dans le silence d’un résident qui hésite à avaler, il y a un appel que ni la technique ni la nature seule ne peuvent résoudre. Il faut de la rigueur, certes, mais aussi cette qualité du soin qui tient de l’écoute, de l’ajustement, du temps long. C’est cela, le naturel réellement efficace.

Références

  • Clavé P., Ortega O., Arreola V. et al. (2018). Pathophysiology of oropharyngeal dysphagia in the elderly. Dysphagia, 33(3).
  • Martino R., Silver F., Teasell R. et al. (2020). The effectiveness of natural thickeners in dysphagic patients: a controlled study. Journal of Clinical Nutrition.
  • Haute Autorité de Santé. (2021). Recommandations sur la prise en charge des troubles de la déglutition.
  • ESPEN Guidelines on Clinical Nutrition in Geriatrics (2022).
  • Rémond D., Boirie Y. (2019). Nutrition and muscle function in the elderly. Nutrients.

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