Le vieillissement s’accompagne de modifications physiologiques, métaboliques et fonctionnelles qui influencent directement les besoins nutritionnels. Chez la personne âgée, l’alimentation constitue un déterminant majeur du maintien de la santé, de l’autonomie et de la qualité de vie. Elle ne se limite pas à la couverture des besoins énergétiques, mais joue un rôle central dans la prévention de la dénutrition, de la sarcopénie, des chutes et du déclin fonctionnel. Dans un contexte de vieillissement démographique et d’augmentation de la dépendance, la nutrition représente un enjeu majeur de santé publique.
1) Les macronutriments : un équilibre essentiel chez la personne âgée
La nutrition repose sur l’apport équilibré de macronutriments et de micronutriments. Les macronutriments comprennent les protéines, les lipides et les glucides, chacun remplissant des fonctions spécifiques.
a) Les protéines : préserver la masse musculaire et limiter la fragilité
Les protéines sont essentielles à la construction, à la réparation et à l’entretien des tissus, en particulier de la masse musculaire. Le vieillissement s’accompagne d’une résistance anabolique, caractérisée par une diminution de la réponse musculaire aux apports protéiques. Ainsi, les besoins protéiques de la personne âgée sont supérieurs à ceux de l’adulte jeune. Les recommandations actuelles suggèrent un apport d’au moins 1 g/kg/j chez la personne âgée en bonne santé, pouvant atteindre 1,2 à 1,5 g/kg/j en situation de pathologie aiguë, chronique ou de dénutrition, afin de limiter la perte musculaire et la fragilité.
b) Les lipides : privilégier la qualité pour la santé globale
Les lipides constituent une source énergétique concentrée et interviennent dans de nombreuses fonctions biologiques, notamment la structure des membranes cellulaires, la synthèse hormonale et le transport des vitamines liposolubles(A, D, E et K). Chez la personne âgée, l’enjeu nutritionnel porte davantage sur la qualité que sur la quantité des lipides. Il est recommandé de limiter les acides gras saturés et trans, et de favoriser les acides gras mono-et polyinsaturés, en particulier les oméga-3, reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire, inflammatoire et cognitive.
c) Les glucides : soutenir l’énergie et la régulation métabolique
Les glucides représentent la principale source d’énergie de l’organisme et devraient couvrir environ 50 à 55 % de l’apport énergétique total. Ils jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement cérébral et musculaire. Chez la personne âgée, il est recommandé de privilégier les glucides complexes, riches en fibres, afin de favoriser une libération progressive de l’énergie, une meilleure régulation glycémique et un bon fonctionnement du transit intestinal, tout en limitant les pics glycémiques, notamment chez les sujets diabétiques.
2) L’hydratation : prévenir le risque de déshydratation
L’eau est un nutriment essentiel souvent sous-estimé chez la personne âgée. La diminution de la sensation de soif, associée à certaines pathologies, traitements médicamenteux ou troubles cognitifs, expose à un risque accru de déshydratation. Les besoins hydriques sont estimés à environ 2 à 2,5 litres par jour, incluant l’eau apportée par les aliments et les boissons, et doivent être augmentés en cas de fièvre, de diarrhées, de vomissements ou de fortes chaleurs. Une hydratation adéquate est indispensable au maintien des fonctions physiologiques, de la vigilance et de la fonction rénale.
3) Les micronutriments : prévenir les carences et leurs complications
Les micronutriments, bien qu’ils n’apportent pas d’énergie, sont indispensables au métabolisme cellulaire, à la fonction immunitaire et à la santé osseuse. Les carences en vitamine D, calcium, fer, magnésium et vitamines du groupe B sont fréquentes chez la personne âgée, en raison d’apports insuffisants, d’une diminution de l’absorption digestive ou d’une exposition solaire réduite. Ces déficits peuvent contribuer à l’ostéoporose, à l’anémie, aux troubles cognitifs et à l’altération de l’immunité.
4) La dénutrition chez la personne âgée : définition, causes et diagnostic
La dénutrition est une pathologie fréquente et encore insuffisamment reconnue chez la personne âgée. Elle résulte d’un déséquilibre entre les apports nutritionnels et les besoins de l’organisme, souvent lié à une diminution de l’appétit, à des troubles de la mastication ou de la déglutition, à l’isolement social, à la dépression ou à la présence de pathologies chroniques et aiguës. Les recommandations récentes de la Haute Autorité de Santé définissent le diagnostic de la dénutrition chez la personne âgée par l’association d’au moins un critère phénotypique (perte de poids, IMC bas, sarcopénie) et d’un critère étiologique (réduction des apports, malabsorption ou situation d’agression métabolique). Il est important de souligner que la dénutrition peut également concerner les personnes âgées obèses, traduisant une altération de la masse musculaire masquée par un excès de masse grasse. La prise en charge nutritionnelle vise alors à améliorer le rapport masse maigre/masse grasse, sans rechercher une perte de poids, celle-ci étant associée à une augmentation de la mortalité chez le sujet âgé.
5) Prise en charge nutritionnelle et prévention de la perte d’autonomie
Une prise en charge nutritionnelle précoce, personnalisée et intégrée dans une approche globale et pluridisciplinaire du vieillissement est essentielle pour prévenir la perte d’autonomie, réduire la morbidité, limiter les hospitalisations et améliorer la qualité de vie des personnes âgées. La nutrition constitue ainsi un levier fondamental du « bien vieillir ».



