Introduction
La dénutrition des personnes âgées est un enjeu majeur de santé publique. En France, près de 2 millions de personnes sont touchées, dont 400 000 personnes âgées vivant à domicile et 270 000 en EHPAD, selon la Haute Autorité de Santé (HAS). Cette problématique, souvent silencieuse, a des conséquences directes sur la morbidité, la dépendance, le risque de chutes, l’immunité et la qualité de vie.
Dans ce contexte, le diététicien occupe un rôle central à toutes les étapes : prévention, dépistage, prise en charge, suivi et coordination.
Comprendre la dénutrition chez la personne âgée
Définition et critères de diagnostic
La dénutrition protéino-énergétique est définie par un déséquilibre entre les apports et les besoins nutritionnels, conduisant à une perte de masse maigre et de poids, et à une altération de l’état général.
Les critères diagnostiques, selon la HAS (2021), comprennent :
- Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois.
- IMC < 21 kg/m² pour les personnes de 70 ans et plus.
- Albuminémie < 35 g/L (hors inflammation aiguë).
- Score MNA < 17.
- Masse musculaire réduite (sarcopénie associée).
📘 Source : HAS – Diagnostic de la dénutrition chez les personnes âgées
Les causes fréquentes de la dénutrition chez les seniors
- Facteurs physiologiques : diminution de l’appétit (anorexie du vieillissement), altérations sensorielles (goût, odorat), ralentissement du métabolisme.
- Facteurs pathologiques : maladies chroniques, cancers, troubles neurologiques, troubles de la déglutition (dysphagie).
- Facteurs psychosociaux : isolement, perte d’autonomie, troubles cognitifs, dépression, précarité.
- Facteurs iatrogènes : effets secondaires des traitements (nausées, anorexie, troubles digestifs), régimes inadaptés.
Le rôle du diététicien : un pilier de la prise en charge
1. Dépistage précoce et évaluation nutritionnelle
Le diététicien est souvent le premier professionnel à identifier une situation à risque. Il réalise :
- Des bilans nutritionnels complets.
- L’analyse des apports alimentaires réels.
- Le calcul de l’IMC et le suivi de la courbe de poids.
- L’utilisation d’outils de dépistage validés : MNA (Mini Nutritional Assessment), NRS-2002, ou GLIM pour les diagnostics cliniques.
Objectif : intervenir en amont, avant qu’une perte de poids importante ne survienne.
2. Prévention de la dénutrition
Le travail du diététicien en amont est crucial. Il peut :
- Adapter les menus en institution ou à domicile (densité énergétique, textures modifiées si besoin).
- Enrichir naturellement les repas : beurre, crème, fromage, poudres de protéines ou lait en poudre dans les purées, compotes, potages...
- Éduquer le patient et/ou les aidants : comment fractionner les repas, choisir des aliments appétissants, éviter les aliments vides sur le plan nutritionnel.
3. Proposition d’un plan de soins nutritionnels individualisé
En lien avec le médecin prescripteur, le diététicien peut recommander :
- Une alimentation enrichie.
- Des compléments nutritionnels oraux (CNO), choisis selon les goûts et les troubles associés.
- Le recours à la nutrition entérale (sonde naso-gastrique ou gastrostomie) en cas de troubles sévères.
Les recommandations de la HAS (2007) indiquent des apports cibles de :
- 30 à 40 kcal/kg/jour
- 1,2 à 1,5 g de protéines/kg/jour
4. Suivi nutritionnel continu
Le diététicien effectue un suivi personnalisé régulier pour :
- Réévaluer les apports.
- Ajuster les stratégies nutritionnelles.
- Adapter les interventions en fonction de l’évolution clinique.
- Collaborer avec les équipes soignantes pour assurer une continuité des soins.
Coordination avec les autres professionnels
Le diététicien est un maillon essentiel dans la chaîne de soins, en lien avec :
- Le médecin (gériatre, généraliste, nutritionniste)
- Les infirmiers (administration des CNO, pesées)
- Les orthophonistes (troubles de la déglutition)
- Les aides-soignants (observation de la prise alimentaire)
- Les cuisiniers (préparation adaptée des textures)
Enjeux actuels et perspectives
Une reconnaissance institutionnelle croissante
Des rapports récents plaident pour la création d’une consultation diététique remboursée, au même titre qu’une consultation chez un autre professionnel de santé.
Une nécessité de standardisation
L’intégration des référentiels IDDSI, la formation continue et l’uniformisation des pratiques en institution restent des enjeux majeurs pour assurer une prise en charge cohérente sur l’ensemble du territoire.
Conclusion
Le diététicien est un acteur clé dans la lutte contre la dénutrition des personnes âgées. Il intervient à tous les niveaux : prévention, évaluation, éducation, soins et suivi. Sa présence en établissement ou à domicile est un gage de qualité nutritionnelle et d'efficacité de la prise en charge.
Face au vieillissement de la population, il est urgent de renforcer son rôle, reconnaître sa valeur et intégrer pleinement la nutrition dans les parcours de soins gériatriques.



