La dénutrition des personnes âgées dépendantes constitue un enjeu majeur de santé publique en institution et à domicile. Malgré l’existence de référentiels nutritionnels en restauration collective, notamment le GEMRCN, les apports alimentaires réels demeurent souvent insuffisants pour couvrir les besoins nutritionnels de cette population. L’étude RENESSENS vise à mieux caractériser les profils de mangeurs âgés afin d’adapter l’offre alimentaire, améliorer la couverture des besoins et limiter le gaspillage. Cette analyse met en évidence une variabilité importante des capacités d’ingestion et souligne l’intérêt des stratégies d’enrichissement nutritionnel et de personnalisation des repas.
La dénutrition des seniors dépendants
Vieillissement et dépendance culinaire
Le vieillissement s’accompagne fréquemment d’une dépendance culinaire, définie comme la délégation partielle ou totale des courses et de la préparation des repas à un tiers en raison de limitations fonctionnelles ou cognitives. Cette situation est associée à un risque élevé de dénutrition, estimé entre 25 et 50 % chez les seniors dépendants.
Des apports souvent insuffisants malgré les référentiels nutritionnels
Parallèlement, la restauration collective doit répondre aux objectifs nutritionnels nationaux visant l'amélioration de la qualité des repas et la prévention des pathologies nutritionnelles. La compréhension des comportements alimentaires et des capacités d'ingestion devient un levier essentiel pour adapter les pratiques professionnelles et individualiser les prises en charge.
L'étude RENESSENS : comprendre pour mieux adapter
Objectifs et méthodologie
L'étude RENESSENS (Réussir Écologiquement une Nutrition Équilibrée et Sensoriellement adaptée pour Senior) repose sur l'observation des consommations alimentaires réelles en gériatrie et l'analyse des facteurs influençant les apports. Elle s'inscrit dans une démarche de personnalisation visant à concilier adéquation nutritionnelle, acceptabilité sensorielle et réduction du gaspillage alimentaire.
Le concept de balance nutritionnelle
Le concept central est celui de balance nutritionnelle, selon lequel le maintien de l'état nutritionnel dépend de l'équilibre entre apports spontanés, dépenses énergétiques et pertes nutritionnelles.
Qui est le « petit mangeur » ?
Une consommation en dessous des portions recommandées
Les données recueillies montrent une consommation inférieure aux portions recommandées pour plusieurs groupes alimentaires. En gériatrie, la majorité des sujets consomme moins de 100 g de viande ou de poisson et moins de 150 g de féculents et de légumes par repas. Les desserts présentent une meilleure adéquation mais restent variables.
Les facteurs explicatifs : appétit, pathologies, besoins accrus
Ces observations conduisent à distinguer le profil du petit mangeur, caractérisé par une ingestion moyenne inférieure d'environ 150 g d'aliments au déjeuner par rapport à un consommateur standard. Ce profil n'est pas uniquement lié aux besoins nutritionnels mais également à l'appétit, aux capacités d'ingestion et aux facteurs pathologiques (dépression, douleurs, troubles cognitifs ou iatrogénie). L'insuffisance d'apports peut également résulter d'une augmentation des besoins (hypercatabolisme, inflammation, déambulation) ou des pertes nutritionnelles liées à certaines pathologies.
Stratégies nutritionnelles pour couvrir les besoins
L'enrichissement alimentaire
Face à la baisse d'appétit, l'enrichissement alimentaire apparaît comme une stratégie pertinente pour apporter « plus dans moins de volume ». Cette approche consiste à augmenter la densité énergétique et protéique des préparations sans accroître les portions, tout en respectant les préférences alimentaires. L'utilisation d'ingrédients courants (œufs, produits laitiers, matières grasses, légumineuses ou produits carnés) ou de farines protéiques permet un enrichissement fractionné sur la journée. L'objectif principal est de prévenir la sarcopénie, maintenir la fonctionnalité musculaire et atteindre le seuil de stimulation de la synthèse protéique.
Protéines végétales et nouvelles pistes complémentaires
Des pistes complémentaires sont évoquées, telles que la répartition protéique sous forme de repas de charge, la consommation de matrices riches en leucine ou l'intérêt potentiel de certains acides aminés comme la citrulline. Par ailleurs, des données récentes suggèrent qu'un mélange de protéines végétales peut être aussi efficace que les protéines laitières pour préserver la masse maigre au cours du vieillissement.
Conclusion
L'étude RENESSENS met en évidence la diversité des profils de mangeurs âgés et la fréquence d'apports alimentaires insuffisants en gériatrie. La prise en compte de l'appétit et des capacités d'ingestion, au-delà des besoins théoriques, constitue un élément clé pour prévenir la dénutrition. Les stratégies d'enrichissement et la personnalisation des repas apparaissent comme des leviers opérationnels pour améliorer la couverture nutritionnelle tout en favorisant l'acceptabilité et la durabilité des pratiques alimentaires. Ces résultats soutiennent la nécessité d'intégrer l'approche par profils de mangeurs dans les politiques nutritionnelles et les organisations de la restauration médico-sociale.


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